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Qu’il est dur de faire de l’introspection après un essai raté, trouver les bonnes réponses aux bonnes questions, le tout avec suffisamment d’honnêteté dans sa démarche… Depuis que j’ai réalisé que Teenage Riot ne se financerait pas sur Ulule, deux choses ont accaparé mon esprit :

  1. Pourquoi n’ai je pas réussi à financer Teenage Riot ? Mon post-mortem à ce sujet est déjà en ligne
  2. Et surtout, je fais quoi après ?

Parce que les conséquences d’un tel échec sont nombreuses et force la remise en question. Certes on pourra invoquer la sacro-sainte J.K. Rowling avec ses nombreux échecs avant de finir millionnaire avec son petit sorcier, mais à partir d’un moment il faut se poser et analyser la situation avec recul.

La question immédiate avec Teenage Riot, c’est de savoir ce que j’en fais. Le financement participatif était un moyen d’aller chercher directement le public concerné, de faire un DIY (Do It Yourself, “fais-le toi-même”) complet sur la publication d’un livre papier. J’avais proposé ce livre à des éditeurs jeunesse classiques, bien évidemment. Il a essuyé son quota de refus, ne collant visiblement dans aucune ligne éditoriale. L’un des rares retours constructifs que j’ai pu recevoir était :

“votre manuscrit présente des qualités précieuses : une justesse dans les scènes entre les adolescents, des dialogues réalistes qui fonctionnent vraiment bien. Mais nous sommes en recherche de fictions plus intenses, de récits plus explosifs”

Je m’étais donc dit que j’avais tout de même écrit un livre intéressant et le reflet d’une réalité adolescente “normale”. Suffisamment pour intéresser des gens. Mais si un manuscrit n’arrive pas convaincre des éditeurs dont c’est le métier de trouver de bons livres, comment convaincre des lecteurs exigeants seul ? Aussi, n’était-ce pas là un signe qu’il faille laisser tomber ce livre (modulo le fameux facteur J.K. Rowling) ?

Donc, pour être honnête, je ne sais pas ce que je vais faire de Teenage Riot Il ne trouve pas sa place dans des lignes éditoriales classiques, il n’arrive pas à se financer, je n’ai pas les moyens de l’imprimer seul et ma position d’expatrié en Norvège rend sa promotion en festivals ou librairies pour le moins compliquée… Reste la dernière option, une que j’ai déjà explorée, le livre numérique.

Faisons donc un point sur Sol Sunburst (4.99€), Dolmen (0.99€), Atomic Girl et Moi (0.99€), Le Tabouret (gratuit) et La Zone (gratuit). Tous sont disponibles sur Kobo et Amazon. Pour être brutalement honnête, en 3 ans, j’ai écoulé en tout et pour tout (et officiellement, s’il y a des copies pirates qui circulent, je ne suis pas au courant) :

  • Sol Sunburst – 42 exemplaires
  • Dolmen – 50 exemplaires
  • Atomic Girl et Moi – 4 exemplaires
  • Le Tabouret – 2985 exemplaires
  • La Zone – 2242 exemplaires

Sur un plan purement financier, je perds de l’argent rien qu’en comptant le nom de domaine de ce site à payer chaque année. Tout ce qui est payant est un flop retentissant ! A ma décharge, j’ai assez peu communiqué depuis la sortie de mes livres… Après, on pourrait se réjouir du fait que Le Tabouret et La Zone sont techniquement des “best-sellers”. Ironique, n’est-ce pas ?

En suivant le même schéma de vente, Teenage Riot en livre numérique reviendrait probablement à un flop similaire. A moins de le proposer gratuitement, évidemment.

Au final, à l’échec récent du financement participatif, s’ajoutent les échecs latents des livres ou nouvelles que j’ai proposés contre pièces sonnantes et trébuchantes. En d’autres termes, le porte-monnaie en prend un coup, de même que l’ego.

Et finalement, le fond du problème est là. Pas seulement mon problème, mais le problème de tous ceux qui écrivent et en vivent ou veulent en vivre. Un auteur est aujourd’hui “drivé” par :

  1. L’argent
  2. Son ego

Moi, comme les autres.

L’argent, on court après parce que ça fait vivre, tout simplement. Et en tant qu’écrivain à 100%, cette question de l’argent est au centre de votre vie, avec derrière le spectre de la productivité pour fournir suffisamment, suffisamment rapidement pour continuer à recevoir de l’argent. Le plaisir s’en voit obligatoirement affecté, à moins d’accepter de produire pour produire (c’est le cas des scénaristes qui travaillent sur commande, non sur leurs projets personnels)(voir aussi une partie de cet article intéressant, sur la production de commande automatique). La spirale est infernale, et même dans d’autres médias (notamment certains youtubeurs avec un certain succès).

Le “problème” de l’argent, c’est aussi qu’il dichotomise aussi la production littéraire. Il y a le livre que vous achetez en librairie et le livre que vous récupérez gratuitement : que ce soit de la fan-fiction ou des gens qui proposent leurs écrits gratuitement, par exemple sur WattPad. Dans l’esprit des gens, le livre édité est de qualité, l’autre non (ce qui englobe aussi les livres auto-édités). J’en profite pour citer une anecdote qui m’est arrivée lors de mon passage au Festival des Scénaristes de Valence alors que je discutais de Sol Sunburst avec un producteur cinéma :

Votre personnage est intéressant, typé, pas commun. Votre univers aussi. Maintenant, dommage que ce ne soit pas édité chez Grasset ou un autre éditeur…

Sous entendu, chez un éditeur classique, j’aurais eu le poids nécessaire pour appuyer l’adaptation de mon livre en long-métrage… Ou tout du moins, commencer les négociations avec un minimum de sérieux.

En ce qui concerne l’ego, il est gonflé par les chiffres de ventes. Pas le chèque, mais bien le chiffre : combien de personnes ont lu mon livre ? Suis-je (re-)connu ? Et là, tout ceux qui écrivent cherche le chiffre maximum. Tous. Essentiellement parce que votre qualité d’écrivain se juge au nombre de personnes qui vous lisent (et accessoirement, disent du bien de vous). Ne mentez pas. On est dans une société qui valorise l’obsession de la notoriété : combien de vues sur youtube/snapshat/mon blog ? Combien de likes ? Combien ? Combien ? On finit par s’apprécier à la mesure dont les autres nous apprécient…

Moi, comme les autres.

En d’autres termes, ça m’ennuie de 1. ne pas gagner de l’argent avec mes livres et de 2. ne pas être lu tout court.

Bien sûr, comme tout auteur avec un tas de manuscrits dans un tiroir, je rêve d’en avoir un accepté par une grande maison d’édition : je toucherais de l’argent (pas autant qu’Emmanuel Macron pour son livre “Révolutions” – sans commentaire) et j’aurais un minimum d’exposition pour les histoires que j’ai envie de partager.

Après, à l’exception de ces derniers mois de chômage technique, j’ai un travail de Game et Narrative Designer que j’aime et qui m’éloigne des considérations purement pécuniaires. J’ai l’occasion de raconter des histoires grâce à se métier, pas spécialement les miennes et avec un maximum de contraintes plus ou moins moisies, mais c’est le jeu de tous les scénaristes comme je disais plus haut.

Mais pour Teenage Riot, j’étais dans la peau de l’auteur sans emploi dont le salaire dépend de la réussite de sa campagne. J’étais donc dans le stress et l’angoisse de ne pas voir mon pourcentage monter, parce que même si je ne me serais dégagé qu’une marge mineure, c’était de l’argent pour tenir un demi-mois de plus en attendant que mon entreprise actuelle décroche un nouveau contrat pour me verser à nouveau un salaire. Et c’est pas sain comme situation, celle d’être dans l’angoisse de savoir comment vont se passer les prochaines semaines sur la base de vos seuls écrits.

Vivre à temps plein de l’écriture est utopique. Elle le sera pour 99.9% de tous ceux qui ont un jour fini un roman. J.K. Rowling, Marc Levy et compagnie, c’est une exception heureuse. Et rappelez-vous que la majeure partie de leurs revenus provient de leur vente à l’étranger et de leurs droits d’auteurs sur les adaptations de films !

Bref, tout ça pour dire que j’ai fait la paix avec moi-même sur mon ambition de vivre 100% de l’écriture. Ca n’arrivera pas. Ou alors, je serais vieux, j’aurais connu un vrai best-seller, une adaptation à Hollywood…

Mais ça ne répond pas à mes doutes existentiels bien présents : et maintenant, je fais quoi ? Et je fais comment ?

Au final, cela revient à se poser deux questions :

  • Pourquoi j’écris ?
  • Pour qui j’écris ?

Si j’écris pour être édité chez un éditeur classique, j’écris à vide. Les romans s’empilent à mesure que s’empilent les refus et ils ne sont jamais lus sinon par un comité de lecture. Certes, certains manuscrits ne méritent probablement pas d’être lus.

Certains de mes manuscrits, comme Teenage Riot, n’ont pas d’autres prétentions que celle de divertir. Et, ça ne les rend pas mauvais pour autant, juste pas à la hauteur d’une prise de risque financière comparée à la traduction d’un best-seller américain par exemple.

Il convient de mentionner qu’il est extrêmement épuisant d’accumuler et de retravailler des manuscrits. A partir d’un moment, vous avez juste envie d’être lu, même juste bêta-lu pour avoir un retour autre que l’impersonnelle lettre-type de refus.

Si j’écris pour être lu sans me soucier de l’argent, je pourrais tout aussi bien proposer mes romans gratuitement. Cela m’expose à tous les préjugés. “Le mec est auto-édité et il le fait gratuitement. Ca doit être bien nul ce qu’il fait !” Cela ne revient-il pas aussi à un suicide de sa carrière d’écrivain et de son envie de se voir un jour édité en papier par Bragelonne et consorts ?

Proposer ces livres gratuitement me pose également un cas de conscience : un artiste (dessinateur, scénariste, etc.) est vraiment payé une misère quand on l’embauche. La loi de la concurrence et les employeurs peu scrupuleux cassent les prix tout le temps à base de “à prendre ou à laisser” et peu peuvent se permettre de laisser, car 200 ou 500 euros, ça peut aider à finir le mois. Du coup, proposer son travail gratuitement n’est-il pas nuire à la cause d’artistes qui se battent pour avoir des acquis sociaux respectables ?

Pourtant, les faits sont là : sur deux nouvelles d’approximativement même longueur, sur des thèmes similaires (romance, science-fiction), celles à 0.99€ se vend à 4 exemplaires (ou bien, elles s’achètent, se lisent et se remboursent dans la minute), celles gratuites se téléchargent à presque 3000 !

 

Il apparait clair que je n’ai pas les clés ni le bagou pour harceler les gens dans des campagnes marketing de proximité pour essayer de présenter mes livres numériques (et puis les auteurs auto-édités se heurtent à tous les barrières possibles pour se faire connaître : “je ne lis pas d’auto-édités” “je ne lis que sur papier” etc.).

Le moyen le plus pratique pour se faire lire immédiatement reste le gratuit. Et comme je disais, j’ai du mal avec cette idée pour le moment. Ma démarche serait “politique”, pourquoi pas. Si je le faisais aujourd’hui, ce serait pour les mauvaises raisons, dont valoriser l’ego à coups d’étoiles sur Amazon.

Bloqué dans ma réflexion de la même façon que ma campagne Ulule était bloquée à 22%, j’ai donc décidé d’arrêter de tergiverser et d’aller de l’avant. J’ai donc commencé l’écriture d’un nouveau roman, pour “late teens”. Il finira donc dans un autre tiroir après une nouvelle salve de refus. Mais c’est pas comme si j’avais beaucoup de choix, après tout.

Ma campagne Ulule pour Teenage Riot s’est achevée le week-end dernier, après une longue agonie de plusieurs jours. Jours pendant lesquels j’ai réfléchi aux raisons du pourquoi j’échouais là où d’autres réussissais. Pour ceux qui ne seraient pas au fait du terme post-mortem, il s’agit d’un bilan qui analyse point par point ce qui s’est bien et mal passé durant un projet afin d’en tirer des enseignements pour les projets suivants. N’hésitez pas à commenter si vous le souhaitez, cela pourra toujours faire un complément pour ceux qui voudraient un jour se lancer dans le financement participatif pour un projet littéraire.

Le budget

3333 euros. En soi, je ne jugeais pas cette somme délirante. J’avais conduit mon étude de marché sur les sommes demandées et même si j’étais dans la moyenne un peu haute, je restais dans le domaine du “réalisable”. Avec cette somme, j’aurais pu tirer 200 exemplaires papier. Les projets qui demandent moins d’argent sont aussi ceux qui tirent à moins d’exemplaires. En visant 100 exemplaires, j’aurais pu tirer vers les 1500-2000 €. En virant les goodies, ça descendait à 1000. En diminuant les goodies et la quantité, j’aurais donc pu me débrouiller pour avoir 2222€. Voire 1111€.

Sauf que je voulais proposer des petits trucs en plus, un peu “pop” pour s’accorder à l’esprit du livre, et que je voulais avoir un peu de stock pour le “au cas où”. Mais voilà, c’était probablement une erreur de calcul. En visant bas dès le départ, j’aurais eu mon compteur qui serait nécessairement monté plus vite, il aurait atteint des seuils “psychologiques” plus efficacement, ce qui aurait pu générer plus d’actes d’achat auprès de personnes qui se seraient senti immédiatement rassuré ou n’auraient pas attendu de voir comment “ça se passe”.

Niveau contributions, j’étais bon. J’avais un large panel de 17 à 200 €, échelonné avec 25, 45 et 55 (celles qui ont le mieux marché)

Bilan : Sur Ulule, quand vous êtes inconnu de chez total inconnu, c’est mini-tirage pour mini-budget ! Je crois que ce budget trop haut est malheureusement ma plus grosse erreur de jugement qui impacte tout le reste dans la stratégie de l’échec, notamment pour les paliers psychologiques.

La présentation

J’ai passé deux mois entiers, quasiment tous les jours pour préparer ma campagne : faire les textes, les dessins, les devis, les calculs… Je pense honnêtement que j’avais tout mis en oeuvre pour attirer l’œil du badaud de passage et retenir son attention. Après, il y avait beaucoup à lire et à regarder, je conçois que ça ait pu rebuter. La plupart des visiteurs n’ont probablement pas lu la moitié…

Peut-être que commencer la campagne par des choses simples et évidentes auraient pu pousser les gens a priori “dans la cible” à lire : quoi ? un roman, qui ? 15-25, premier chapitre ? ici ! etc…

Bilan : Faire concis et tape-à-l’œil n’est pas aisé, j’ai surement manqué le coche. Le mieux est l’ennemi du bien et j’aurais pu passer mes heures sur Photoshop à jouer, ça n’aurait rien changé… On ne pourra pas me reprocher de n’avoir pas mis les petits plats dans les grands.

Le roman en lui-même

Le Light Novel ne marche pas en France. C’est un truc qu’on ne connaît pas et des gens se sont plantés en essayant. Notamment Pika, un éditeur de mangas pourtant bien établi. Mais je pensais sincèrement que l’arrivée de Ofelbe et de ses traductions avaient un peu changé la donne et que c’était le bon moment pour se lancer (honnêtement, je pense que ça marche bien pour Ofelbe au regard de leur rythme de traduction). En soi, je proposais un roman tout ce qu’il y a de plus classique avec quelques illustrations typées manga ; mais j’ai reçu des mails m’expliquant “je ne lis pas de mangas”, la confusion reste donc extrême. Et je rappelle que j’avais mis en lecture libre le premier chapitre qui montrait à quoi ressemblerait le produit final, tant au niveau du style que des illustrations… Les gens n’ont donc pas lu la présentation jusque là visiblement.

Même si je virais l’appellation “Light Novel” pour le remplacer par un truc plus générique, genre “roman Young Adult”, je ne pense pas que cela aurait changé grand-chose. Ma cible, c’était les 15-25 ans. Et encore, juste ceux qui lisent… Des étudiants, des lycéens… Donc des gens qui, par définition, n’ont pas d’argent. Pire, mon cœur de cible était des ados, donc des personnes sans carte bleue, donc sans moyen de paiement pour Ulule. Favoriser l’acte d’achat chez eux impliquent de convaincre des parents…

Je pensais pouvoir trouver directement mon public avec Ulule, notamment grâce à la petite campagne de mails, c’est raté.

Bilan : Un roman pour ados, c’était déjà dur à vendre. Un Light Novel, c’était la balle dans le pied.

La notoriété

Bon, là, déjà, on voit que c’était pas gagné d’avance. Mais à cœur vaillant rien d’impossible. Et j’avais foi en mon projet. Sauf que voilà, n’oublions pas que je suis un parfait inconnu. Un projet porté par des gens (re-)connus (au hasard Laurel, Dav, Péru…) part nécessairement avec un avantage non négligeable et pulvérise des records. Les autres – aka ceux sans réelle communauté établie – n’ont que leur bonne volonté pour essayer de sortir de la masse. Je misais sur ma présentation et mon premier chapitre pour cela…

Bilan : La notoriété, ça aide bien. Ulule n’est plus une plateforme de financement, mais une plateforme de liberté. Les projets d’auteurs connus auraient trouvé preneurs chez des éditeurs classiques, là, ils peuvent faire ce qu’ils veulent en gagnant plus d’argent et c’est super pour eux. Pour les nobodies et wannabees, vous n’avez pas le choix. Vous devez construire votre propre notoriété sur le budget, votre présentation et votre projet. Si un seul de ces trois n’est pas aguicheur, ça va être dur…

Durée

J’avais une campagne courte : 32 jours. De mon point de vue, c’était assez. Je le pense toujours. Par contre quand le compteur ne monte pas, c’est long. Vraiment long.

Avant de me lancer, j’ai longuement étudié les projets livre sur Ulule. Donc, j’avais une assez bonne idée de l’environnement, de ceux qui réussissent, de ceux qui échouent, de quand c’est mort, de quand c’est toujours jouable… Pour être tout à fait honnête, en écrivant le bilan de première semaine, je savais déjà que ça sentait le sapin pour Teenage Riot. J’avais encore bon espoir que c’était le sapin qu’on met au rétroviseur…

Bilan: 30 jours, c’est bien.

Les premiers jours

On ne le répétera jamais assez : LES PREMIERS JOURS D’UN LANCEMENT SONT CRUCIAUX !!!! Plus vous engrangez rapidement de l’argent, plus votre “notoriété” se construit et rassure les gens, qui à leur tour investissent, ce qui engrange de l’argent, construit la notoriété, rassure les gens, qui investissent, etc.

Sur Ulule, il y a 2 étapes importantes en début de projet : les 5 premiers contributeurs pour sortir de la couveuse et 20/30% pour avoir une crédibilité pour entreprendre des démarches en dehors de votre premier cercle (famille et amis). Plus vous atteignez ces paliers rapidement, plus vous êtes confortable pour votre projet.

J’avais fait un mail à plus de 120 personnes le jour du lancement. 10% ont ouvert leur porte-monnaie dans les 3 premiers jours, même pour juste 5€. Après, on va pas se mentir, 10%, ça reste un bon ratio sur un mass-mailing. Je ne connais juste pas assez de personnes (10% de 2000, c’est pas pareil que 10% de 120)… Au regard des personnes qui ont contribué, je dirais que moins de la moitié était réellement intéressée par le livre, les autres contribuaient par pur soutien envers ma personne. Pour les autres 90%, les raisons du non-achat peuvent être variables :

  1. “Ça ne m’intéresse pas” et sa variante “tu ne m’intéresses pas”
  2. Je n’ai pas assez d’argent
  3. Je le ferai plus tard. Avec ou sans l’option “si ton projet a l’air de marcher”

Je ne peux rien faire pour le 1.

Pour le 2 non plus à vrai dire. Mais honnêtement, si vous n’avez pas d’argent, je vous assure que sacrifier votre paquet de clopes hebdomadaire, votre micro-transaction Candy Crush ou cette tartelette qui vous faisait envie au boulanger pour simplement donner 5 euros fait VRAIMENT la différence ! A la fois sur le compteur qui grimpe un peu, mais aussi sur le moral du porteur de projet ! Si 50% de mon mass-mailing m’avait filé juste 5 euros par pitié, j’aurais eu déjà 10% en plus et ça pèse dans la balance.

Pour le 3, sérieusement, “plus tard” c’est trop tard. Si vous êtes certain de passer à l’acte d’achat, ça aide VRAIMENT de le faire le plus tôt possible. Si vous brandissez l’option “si ton projet a l’air de marcher”, je rappelle que s’il ne marche pas, vous êtes remboursés… Donc l’argument n’est pas recevable.

Est-ce que finalement j’ai été grandement impacté par le manque de contributeurs initiaux ? Oui et non. Oui, parce que j’aurais pu bénéficier de quelques % supplémentaires au compteur. Non, parce que même si j’avais eu, allez soyons fous, 5 contributeurs tardifs de mon premier cercle à la moyenne de 25€, ça ne représente que 4% du montant de base donc on restait encore sous la barre des 30% que je détaille dans le prochain point.

A noter que si j’avais fait un budget à 2222€, au bout d’une semaine, j’aurais eu 34%… pour 1111€, ça faisait 67%. Comme quoi, c’est vraiment ma première estimation du budget qui plombe ma campagne !

J’aurais probablement aussi dû faire des mails un peu personnels disant en substance “hey machin, je vais sortir un roman sur Ulule, ça t’intéresse peut-être”. Sauf que ça revient littéralement à demander de l’argent à ses amis, chose avec laquelle je n’étais pas à l’aise. J’étais même carrément mal à l’aise en voyant certains amis me filer autant d’argent dans leur contribution… Naïvement, je pensais aussi “ils voient sûrement mes messages sur Facebook, ils savent…” Après, ça dépend vraiment de la personnalité de chacun, mais ce n’est pas dans la mienne de demander de l’aide, de l’argent ou de harceler les gens.

Bilan : On a les amis qu’on mérite. Mais, il faut vraiment les forcer à les engager au plus tôt, c’est crucial ! Force est de constater que mon message n’était pas assez clair…

Elargir sa communication

Ulule recommande 20-30% pour démarcher des inconnus avec son projet. Durant ma phase de préparation, je visais plutôt 30-50% avant de commencer à le faire. Sauf que je me suis rendu compte que, à cause de mon budget trop haut et de mon premier cercle restreint, je peinerais à atteindre rien que 20%. J’ai eu un peu de chance avec des contributeurs dragués par des amis, mais après plusieurs jours à 22%, je savais que j’avais atteint ma limite. J’ai donc commencer à élargir ma communication vers des blogs littéraires orientés Young Adult (voire spécialisé Light Novel), presse et sites spécialisés.

Bilan : Au regard du taux de transformations visiteurs-contributeurs, soit environ 100 pour 0, je confirme que 20-30%, c’est pas assez et j’avais raison de tabler sur 30-50%…

Ensuite, il faut parler du deuxième effet kiss-kool de mes mails vers ces blogs et sites spécialisés. Sachant que j’ai eu 10% de contributeurs avec mon mass-mailing que je connaissais, vous ne serez pas étonnés d’apprendre qu’on est loin de cette performance avec des mails vers des personnes que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam. J’ai fait plus de 250 mails, pas un mass-mail, 250 mails individuels fonction de la personne contactée et de son site. En définitive :

  • 0 contributeurs. En même temps, les blogueurs littéraires ont des P.A.L. longues comme le bras, investir dans un livre supplémentaire sortir de nulle part paraissait utopique mais je comptais sur quelques coups de cœur avec ma présentation et mon premier chapitre. La plupart des blogueurs littéraires sont aussi désormais habitués aux services presse de maisons d’édition : elles leur envoient des livres gratuitement en échange de chroniques. Moi j’arrive avec un projet qui nécessite de donner de l’argent pour avoir un livre, du coup…
  • 11 personnes m’ont répondu directement, au moins pour me remercier de les avoir contactés. Certains ont eu la gentillesse de faire des annonces sur leur Facebook et/ou un tweet. C’était cool, car un peu le but de cette opération : faire connaître le projet
  • 2 ont écrit un article sur leur blog pour me faire un peu de pub. Encore une fois, c’était cool, car comme je disais, c’était le but initial de l’opération.

Sans surprise, les contributeurs touchés directement ou par effet de bord par mon opération de communication se comptent sur les doigts d’une main…

Bilan : Aurais-je eu plus de contributeurs si j’avais fait ma comm’ avec 70% au compteur ? Aucune idée. J’ai fait ce que j’avais à faire quand j’ai pu le faire, c’est l’important. On était déjà au baroud d’honneur…

Les réseaux sociaux

Il est temps de balancer une grosse généralité : #nobodycares. Sur les réseaux sociaux, les informations défilent à grande vitesse. Les liens vers des articles s’empilent les uns sur les autres et au final, soyons honnêtes, personne ne lit quoique ce soit ! Sur les statistiques fournit par Ulule, 15% de mes visites sur la page de la campagne viennent de Twitter et 27% de Facebook. Un tweet relatif à Teenage Riot est en moyenne retweeté 1 fois. Par moi. Un message sur Facebook est partagé par 2 à 3 amis au total, jamais par des amis d’amis.

On ne peut pas être derrière chacun de ses connaissances Facebook et leur demander de partager tel ou tel article mais il est rare qu’elles le fassent naturellement. Comme j’ai accès à d’autres stats, je sais que la plupart de ces tweets/partages n’implique pas que la page liée soit cliquée (encore moins lue).

Bilan : Je sais que je ne suis pas le roi de la communication mais ce que j’en retiens : #nobodycare. Avec un pourcentage plus élevé, ça aurait peut-être changé un peu la donne.

Il est à noter que j’avais mis en place des “contributions bonus” sous forme de nouvelles (Atomic Girl et moi, Dolmen, toutes deux à 0.99€ sur Amazon) que je comptais filer à des contributeurs tirés au hasard en fonction du nombre de Likes sur ma page Facebook et de retweet. Personne ou presque n’a utilisé les boutons sociaux sur la page Ulule. Je pense qu’on en revient à ma page de présentation qui n’a pas été lue en entier…

Le moral

Les premiers jours ont été assez stressants, essentiellement parce que je voyais mes objectifs de vente quoditiens être revus continuellement à la baisse, jour après jour. J’ai péché par excès d’optimiste sur mes prévisions, partant du principe que je m’étais préparé du mieux que je pouvais et que des énergies positives attirent des énergies positives. C’est vraiment terrible de devoir reprendre sa calculatrice tous les jours, de voir combien il manque, se demander quel ami pourrait éventuellement encore participer, et de finalement constater que vous vous êtes plantés dans les très grandes largeurs et de réfléchir pourquoi.

Le moral est descendu avec la courbe du nombre de contributeurs pour stagner à 22%. Il a bien fallu se résigner à mi-parcours. On se dirigeait dans le mur de l’échec. C’est à ce moment-là que j’ai pris la décision d’arrêter la campagne et commencé à réfléchir à ce post-mortem et les raisons qui ont fait que Teenage Riot ne se ferait pas. On pourrait me reprocher de ne pas avoir été au bout du bout, mais je pense que c’était la meilleure décision pour aller de l’avant…

Bilan : Voir son compteur augmenté doit être excitant. Le voir stagner est déprimant. Je crois que ça n’aurait pas été si difficile à encaisser si j’avais eu mon travail habituel à côté de ce projet. Avoir été à 100% dessus et faire le constat d’échec sans la bouée du “bah, de toute façon, c’était un à-côté du boulot” est rude.

Conclusion

Teenage Riot ne se fera pas, en tout cas pas tout de suite et pas sur Ulule. L’échec de cette campagne Ulule est un coup dur, sur lequel je dois encore méditer avant de faire un post-post-mortem sur ces conséquences.

Ce qui est sûr, c’est que j’ai fait énormément d’erreurs en dépit de ma longue préparation :

  1. Optimiste initial trop grand
  2. Budget trop haut
  3. Présentation peu efficace
  4. Communication sans assez de crédibilité

1, 2 et 3 m’ont très certainement coûté cette campagne.

Merci d’avoir lu jusque là, merci à ceux qui ont la gentillesse de croire en Teenage Riot et de contribuer financièrement. J’aurais dû proposer de faire le crowdfunding d’une salade de pomme de terre…